Compréhension de la négation chez l’enfant

En éducation, on entend souvent qu’il ne faut pas parler avec des phrases négatives.

Raison invoquée ? Les tout petits ne comprendraient pas la négation…

Qu’en est-il en réalité ?

Ce constat n’est pas tout à fait vrai !

Un enfant entre 1 et 3 ans, en pleine acquisition du langage, comprend et maîtrise assez rapidement la négation. Il saura dire « non », « pas », « ne »… et les utiliser à bon escient « pas ça » « je veux pas »… Il comprend donc le sens d’une phrase négative. Pourtant, on a tous observé des scènes du type : dire à un enfant « Ne met pas ça dans ta bouche » et voir celui-ci exécuter exactement l’inverse… Dans l’imaginaire collectif, on associe souvent ces comportements à un manque de discipline, à un fort caractère, à de l’opposition voire de la désobéissance ou de la provocation.

Comment fonctionne son cerveau ?

Il comprend le « non », nous écoute, nous regarde avec un grand sourire, il est plein de bonne volonté,  et pourtant il fait l’inverse.

En fait, ce qu’on oublie souvent de préciser, c’est que l’enfant pour comprendre la négation, celle-ci doit faire un chemin bien plus long et compliqué pour être analysée par son cerveau. Or, le cerveau de l’enfant est en plein développement et ce n’est qu’au fil des années, et de sa maturation, que l’enfant sera capable de raisonner. Avant environ 7 à 8 ans, il est illusoire de penser qu’un enfant agira de manière réfléchie et éclairée Il peut parfaitement traverser la route sans regarder parce qu’il a veut rattraper son ballon, le papillon… même s’il connaît et comprend la règle. Comme vous le voyez l’enfant ne relie pas immédiatement la négation. Le cerveau pense en image et « ne pas  » n’a pas d’image.

Donc quand l’enfant entend « ne traverse pas la route seul », le cerveau décortique « traverse »… « route »… « seul » puis « ne…pas ». Sauf que la réaction physique sera « plus rapide » que l’analyse cérébrale. L’enfant va donc traverser immédiatement la route.

Je vais prendre l’exemple bien connu d’Isabelle Filliozat. Si je vous dis, là tout de suite, ne pensez pas à un zèbre qui court dans la savane ! N’y pensez surtout pas ! Vous venez de le voir dans votre tête, je me trompe ? Votre cerveau va devoir analyser le mot zèbre et donc y penser. Vous n’aurez pas suivi la consigne malgré vous. C’est exactement la même chose avec nos enfants.

Une fois qu’on a compris cela, on peut en déduire que l’astuce fonctionne uniquement si on « occupe » le cerveau et le corps de l’enfant avec autre chose ; en lui disant ce qu’il peut faire à la place.

De l’interdiction à la coopération

Pour revenir au parallèle précédent : si je ne veux pas que vous pensiez à un zèbre ; je vais plutôt vous dire « Pensez à un éléphant ». De la même façon, si je ne veux pas que l’enfant mette à la bouche un caillou, je vais plutôt lui dire « garde bien ce caillou dans ta main » ou encore « et si on lançait ce caillou … » ou « regarde ce joli caillou, on le garde ?» vous pouvez même utiliser une phrase négative « ne met pas ce joli caillou dans ta poche »… il y a de forte chance qu’il y finisse dans sa poche. Bref, avec un peu d’entraînement, il y a des tas de possibilités. La période de mise en bouche est incontournable car ce réflexe lui permet l’exploration et favorise son développement. Chacun de ses comportements cache des besoins essentiels à son épanouissement et il est important d’y répondre.

Pour y arriver cela demande un peu de créativité pour reformuler autrement car il faut s’affranchir de certains mécanismes et de certaines phrases toutes faites. Mais sachez qu’une fois qu’on a compris cette astuce, elle peut nous simplifier la vie dans beaucoup d’occasions.

Vous trouverez en pièce jointe des phrases facilitantes: Comment le dire autrement

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